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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 06:37

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Il n’était pas encore midi lorsque les sirènes retentirent. Personne dans le voisinage ne pouvait s’y tromper, il y avait eu un accident sur le puits numéro trois.

Tous les gens du quartier se précipitaient sur le carreau de la mine. Les femmes surtout avec de jeunes enfants dans les bras, les autres couraient à leurs côtés suivis par quelques vieux qui s’activaient sans pouvoir suivre le mouvement. Une peur sourde sans larme ni panique, la communauté serait encore cruellement atteinte aujourd’hui.  

Depuis le depuis de l’année, c’était la troisième fois que l’alerte était donnée. Toujours sur ce même puits, où les hommes descendaient chaque jour avec un peu plus d’angoisse.

Antoinette aussi s’était empressée de venir aux nouvelles. Deux ans plus tôt, son mari était resté au fond, un peu plus loin sur le puits numéro un. Son corps était toujours avec ceux de ses camarades par deux cents mètres de fonds car l’explosion avait entrainé une inondation et il n’était plus possible de les en extraire pour le moment. Elle pensait souvent à lui dans ces profondeurs glacées de la terre

Antoinette avait reçu une maigre prime pour cette catastrophe ainsi qu’une longue lettre manuscrite du directeur des charbonnages. Dans son courrier, il rendait un bel hommage à la bravoure et au courage de son homme. Ce qu’elle avait retenu, c’est une promesse qui lui était faite d’embaucher son fils aîné dès qu’il aurait atteint ses seize ans.

C’était chose faite depuis le mois de février. Le petit Pierre, bien qu’un peu chétif, était descendu au fond pour être employé au roulage. Depuis le front de taille jusqu’à la recette inférieure du puits d’extraction, il poussait les wagonnets dix heures par jour et six jours sur sept. Antoinette était fière de pouvoir compter sur lui pour subvenir aux besoins de la famille maintenant qu’il était un homme. Comment aurait-elle pu faire autrement pour élever la jolie Lisa qui n’avait que douze ans et Louis le petit dernier seulement âgé de sept ans ? Ce n’est pas avec les quelques heures de ménage effectuées dans les bureaux tôt le matin, quelle aurait pu nourrir correctement sa famille. La misère était la même pour tous dans le pays noir.

Pierre était un brave gars, bien trop souvent le nez dans les livres au goût de sa mère, mais toujours très serviable. Il se plaisait bien à l’école mais l’avenir dans les corons est tout tracé, son tour était venu de descendre au fond.

Aujourd’hui, c’était pour lui qu’elle attendait devant les portes de la mine au milieu de la foule qu’on veuille bien les rassurer. Un grand nuage de poussière sortait du puits numéro 3, quelques gueules noires venaient tout juste de s’en extraire et marchaient vers les grilles pour rassurer leur famille.

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Il fallut encore plus d’une heure avant de voir s’approcher l’ingénieur qui annonça que six hommes étaient encore au fond et qu’une équipe était descendue à leur secours.

 

Alors que le nuit tombait, on avait fait entrer les familles dans un réfectoire. Deux survivants arrivèrent, soutenus par leurs camarades, ainsi qu’un blessé allongé sur une civière.

Antoinette reconnut aussitôt son fils, il était inconscient et respirait à peine. Elle monta avec lui dans l’ambulance qui les emmena rapidement vers l'hôpital.

A leur arrivée, on s’affaira autour de lui pour l’examiner et le nettoyer un peu. Après encore une longue attente, on conduisit Antoinette auprès de son fils dans un grand dortoir, alité derrière un lourd rideau de toile. Il n’ouvrait toujours pas les yeux et semblait ne rien entendre.

Un médecin finit par venir lui expliquer qu'outre la fracture au niveau de la jambe gauche qui avait été constatée, l'écrasement de la cage thoracique subi dans l’accident avait probablement provoqué de graves dommages internes. Les prochaines heures seraient déterminantes et il ne fallait compter que sur la vitalité de sa jeunesse pour lui permettre de passer la prochaine nuit.

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Published by libre necessite - dans nouvelle
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commentaires

Line 08/01/2013 18:47

merci Dan pour tes compliments, mes alexandrins sont pour ma Mamma chérie, nos quatre mains jouaient du Chopin

bisous et douce soirée

libre necessite 09/01/2013 18:38



Quelle chance ! tu en as fait  un bel hommage. Bises dan 



Jonas D. 18/12/2012 11:39

Je suis totalement bluffé par ton sens de la narration sur un sujet que je connais bien, car ma région était une région d'extraction intense du minerai de fer jusqu'au terme des trente glorieuse.
Tu décrits ces personnages du monde minier (ici le charbon) avec brio et tes personnage ont l'odeur de Germinal. Je ne saurais pour ma part rien raconter des gens de la mer. Bravo, Dan, je file au
second volet.
Jonas

libre necessite 18/12/2012 14:23



Merci Jonas, déjà que je paraisse crédible dans un milieu que je connais très peu mais en plus avec tes compliments, je suis très flatté. Amitiés Dan



Alice 18/12/2012 08:16

J'ai lu la nouvelle, captivée par l'histoire et son contexte. La chute est superbe, je préfère le moment où elle ouvre l'enveloppe (idée merveilleuse de l'auteur) Amitiés Alice

libre necessite 18/12/2012 08:19



Merci Alice, L'auteur se permet tout en jouant avec le destin . Bonne journée Bises Dan 



Fahia Nasr 17/12/2012 23:41

J'attends la suite mon ami Dani, et merci pour ta réponse, bisous.

libre necessite 18/12/2012 08:07



Merci Fathia pour ton passage. Très bonne journée Bises Dan



Esclarmonde 17/12/2012 21:24

L'histoire des mineurs me touche beaucoup depuis que j'ai séjourné dans une vallée minière du Pays de Galles ce qui m'avait permis de découvrir cet univers. Et même si ces mines avaient déjà été
fermées à l'époque, la mémoire restait très vive. Une métier que je trouve vraiment dur moi qui suis bien claustrophobe... A bientôt pour la suite

libre necessite 17/12/2012 22:48



Oui Esclarmonde, une activité qui marque les hommes et tout un pays pour de longues années. En lorraine je suis passé dans des hopitaux des mines même après la fermeture les corps sont marqués
sévèrement. Bises Dan 



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