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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 09:00

imagesCASVOFOB 

 

 En Basse Bretagne, à la fin du 18eme siècle les vieux tissus

servaient à faire du papier.  Quand un vêtement était trop usé pour être porté et qu'il n'était plus possible de le rapiécer, on le mettait de côté. Le pilhaouaer était un personnage qui sillonnait les chemins de la campagne allait de village en village, de ferme en ferme pour ramasser tout ce tissu usagé. Ces "pilhou" alimentaient les moulins à papier de la région de Morlaix. C'est ainsi que les paroisses peu fortunées des hauteurs de L'Arrée se firent une spécialité du ramassage des chiffons.

A cette époque, Le pilhaouaer avaient une réputation, parfois controversée; comme le raconte la "Chanson du pilhaouaer", écrite par le curé de Loqueffret vers1860.

Ils étaient nombreux à sillonner les Monts d'Arrée, un endroit ou la terre n'est pas généreuse et a du mal à nourrir tous ses habitants. Ils partaient souvent à pieds, parfois tirant une charrette à bras, certains  possédaient un cheval. On prétendait qu'ils se nourrissaient d'un quignon de pain et dormaient dans les fossés. Ils venaient acheter ou plus exactement échanger ces déchets de linge contre des mouchoirs neufs de basse qualité, une petite cuillère, des faïences comme des bols à fleurs ou des assiettes au fond orné d’un coq, parfois une bible, ou tout autre objet sans grande valeur.

Selon l'époque, ils firent également le commerce des denrées alimentaires et des matières premières, des crins, des résidus d’os et des peaux de lapins.  

On voyait passer régulièrement ces chineurs, à mi-chemin entre les gueux et les commerçants ambulants avec leur sac sur le dos, ils inspiraient la méfiance des femmes seules et terrorisaient les enfants.

Pour s’annoncer ils criaient sur leur passage:

"Pilhoù d'ar pilhaouaer ! leizh e garr, ma'h ay d'ar gêr!"

Des chiffons pour le chiffonnier ! Plein la charrette pour qu'il rentre à la maison!

On les accusait souvent de chaparder et on les faisait passer pour  croque-mitaine, afin  effrayer les enfants peu sages. 
La plupart du temps, On ne les laissait pas rentrer dans la maison et l'échange se faisait souvent devant la porte

Pour ces familles paysannes du centre de la Bretagne,  le ramassage des chiffons procurait un revenu d'appoint.

Bientôt reconnus sur leur fief,  lorsqu'ils passaient dans un village on les invitait à manger un morceau de pain avec du lard, leur servant un verre de cidre ou de vin.

Ils parlaient beaucoup. Dans les fermes, leur passage était souvent très attendu. Les femmes trouvaient la dentelle dont elle avait besoin mais c’était aussi l’occasion de s’enquérir des derniers ragots et toutes sortes de racontars invraisemblables.

S'exprimant avec aisance en français, ils permirent de désenclaver mentalement une paysannerie repliée sur elle-même et participèrent probablement au développement de cette région laïque, traditionnellement  de gauche et avec une instruction plus vite développée que dans le Léon voisin, plus riche, mais resté plus conservateur

Le café-épicerie de Ti-Gwen à Pleyben sur la route de Brasparts, était dans la première moitié du XXème siècle un lieu de rendez-vous célèbre des pilhaouers

Ces activités de colportage perdurèrent, d'une manière marginale, jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Mais on retrouvera  plus tard à  Paris ou ailleurs ces chiffonniers, biffins, chiftires, crocheteurs ou plus poétiquement pêcheurs de lune.

Ces  voyageurs infatigables  peuplent aussi de nombreux contes ou légendes de cette région des monts d’Arrhées. 

 

Voici la légende de Gudwal qui me fut rapportée par un vieux joueur de bombarde qui ne refusait jamais de prendre le temps pour conter une histoire en partageant un verre de chouchen.

Gudwal  originaire de Brennelis, était le troisième fils de la maison, mais la petite ferme familiale ne pouvait subvenir aux besoins de toute la famille, il du partir louer ses bras dans d’autres fermes du centre Bretagne. Il était beau parleur, agréable de sa personne et doué d’une certaine malice qui faisait briller son regard. Il lui fut facile de se convertir rapidement dans le petit commerce  des vieux chiffons.

Il ne tarda pas à se tailler une belle réputation dans toutes les fermes de son petit territoire. Arrivé dans un hameau, il avait toujours un petit compliment à la bouche pour les dames et savait user de son charme pour amadouer les plus réservées.

Les hommes restaient méfiants en le voyant arriver mais, toujours prêt à rendre service, il parvenait également à devenir très populaire auprès des maris. Il passait les messages concernant les prochains travaux des champs ou les veillées et transmettait des nouvelles aux familles.

 

Dans certaines fermes, l’approche restait difficile, le chien du lieu aboyait avant même de se faire reconnaitre et  on gardait une grande méfiance vis-à-vis des colporteurs.

C’était le cas par exemple au Hameau de Kergrenn , où la première fois, il avait du s’enfuir à toutes jambes pour ne pas être mordu. Anne et son mari y vivait reclus et peu de visiteurs s’aventuraient dans ces parages.

Gudwal croisa Anne pour la première fois lorsque celle-ci revenait de la rivière où elle faisait sa lessive dans un trou d’eau. Par politesse elle avait répondu à son bonjour mais n’avait plus osé relever la tête.  Les fois suivantes, tout en restant muette, Anne osa un sourire qui encouragea le pilhaouaer à repasser par là plus souvent.

La beauté et le charme secret de la belle avait mis le cœur de Gudwal en émoi, elle, ne semblait pas non plus complètement indifférente.

Les rendez vous des deux jeunes gens étaient de plus en plus fréquents. Un jour le mari d’Anne failli même les surprendre dans les bras l’un de l’autre. Le jaloux était coléreux et violent.

Les conversations étaient devenues régulières. Anne ne tarda pas à se plaindre de son vieil époux, toujours plus exigent à propos des travaux de la ferme et la tenue de sa maison. Elle ne lui connaissait que de rares moments de douceur lorsqu’assis devant la cheminée, il caressait son chien. Il s’emporta facilement, se montrait  mesquin et n’avait aucun respect pour sa compagne.

 Depuis son mariage, elle était également délaissée par sa famille trop contente de s’être délivré d’une de leurs trois filles sans débourser la moindre dote.

Le temps passait sans que l’avenir des deux amoureux s’éclaircisse.

 Pourtant un matin, le mari,  parti la veille au soir boire plus que de raison au bourg voisin, n’était toujours pas rentré à la maison. Anne,  ranima le feu de bois,  prit soin des bêtes et fini par chercher son vieil époux dans les environs.  La même mésaventure était déjà survenue et c’est endormi dans un fossé qu’elle l’avait enfin retrouvé. Cette fois, ses recherches restèrent vaines et à la fin du jour, l’homme n’était toujours pas là malgré l’aide du chien qui ne cessait de tourner en rond dans la maison en grognant. Ce n’est qu’au petit matin en allant chercher de l’aide au hameau voisin qu’elle le découvrit inanimé sur le bord d’un trou d’eau boueuse.

Se servant de la brouette, Anne réussit à transporter son mari, jusque dans leur foyer, le mit au sec et au propre en le frictionnant de son mieux pour le ranimer.

Elle fit appeler le recteur qui ne pu constater l’état critique de l’ivrogne qui respirait à grand peine. Il félicita Anne de ses soins et de son dévouement et la pria  d’attendre l’Ankou qui ne manquerait pas de passer la nuit prochaine, vu l’état du moribond.

Par ses intersignes, tout le monde ici connaissait l’Ankou,  sans jamais l’avoir vu mais reconnaissable aux grincements des essieux de sa charrette lorsqu’il venait chercher son du. Sous les traits du dernier défunt de l’année précédente cette personnification de la mort représentait pour les Bretons, le cycle de la vie.  

 Trois jours passèrent sans que le mari ne soit emporté vers son trépas. Anne qui jusque là avait refusé la visite de Gudwal, fini par l’appeler à l’aide.

« Toi qui connaît ce pays et tous ses chemins creux, part au devant de l’Ankou qui très certainement n’a pas trouvé la maison. »

Gudwal, soucieux de soulager sa belle, partit dans la campagne pour trouver le chariot de la mort.  Pas très rassuré, il parcourut la campagne en tous sens.

Dans la nuit, alors que tout était silence, il ressenti derrière lui un souffle froid. En se retournant, l’Ankou était bien là face à lui, couvert de sa cape noire, de son large chapeau, tenant fermement dans sa main droite sa longue faux dont la lame était inversée.       

-         « Tu me cherches donc, Gudwal, aurais tu quelques impatience à faire le voyage avec moi ? »

-         « Il n’en est rien, c’est Anne qui m’envoie vers vous pour mener son mari dont l’heure est arrivée. »

-         « Dis lui que je la viendrai devant sa maison au douzième coup de minuit. Il me faut lui parler.»

Anne fut soulager de savoir que l’Ankou passerait bientôt mais un peu inquiète de savoir ce  qu’il voulait s’adresser à elle.

Le soir venu, le bruyant attelage était bien là.  Elle apprit ainsi de la bouche de la mort elle-même, qu’un trésor existait, enterré  sur le pas de sa porte. Beaucoup d’or mais aussi des émeraudes et des rubis, qui pourraient faire d’elle une princesse si elle acceptait de redonner vie à son mari pour partager avec lui une existence oisive et luxueuse. Au lieu de cela, elle continuerait sa dure vie de labeur dans son pauvre logis.

Elle avait amèrement souffert de ce mariage arrangé par ses parents, elle refusa tout net toutes ces merveilles. Il n’était pas question de vivre sous le même toit avec cette brute qui ne lui avait jamais témoigné la moindre tendresse.

Aussitôt dit, le cortège repartit avec le pauvre corps de son époux qui venait d’expirer, le trésor enfoui se transformant instantanément en poussière.

Dans un délai qui scié aux bonnes mœurs de cette époque, elle accepta de rencontrer  Gudwal au bord de la rivière. Celui -ci lui proposa de fonder une famille sur une terre de Brennelis qu’il avait acquit avec les économies réalisées grâce à son petit commerce durant ces dernières années.

Assurément les vieux chiffons constituent un trésor plus propice que l’or et les pierreries pour trouver l’amour ici bas.  Je ne vous dirai rien de plus sur ce bonheur mais sachez que l’Ankou ne les revit pas avant une éternité.

 

ankou[1] 

 

 

 

 

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Published by libre necessite - dans Contes et légendes
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commentaires

flipperine 05/04/2011 19:20


je ne connaissais pas ce métier
bises


Catheau 05/04/2011 09:27


Toute la magie de la Bretagne dans ce conte bien raconté.


libre necessite 05/04/2011 11:00



Merci à vous . bonne journée. Dan



Tricôtine 05/04/2011 00:39


j'aime les légendes où le bien et l'honnêteté triomphent !! et le pays breton n'est pas le dernier à nous en offrir l'Ankou a perdu son temps avec la belle Anne !!! merci pour ce moment passé du
côté de Pleyben.... j'ai des souvenirs de parfums de galettes dans tout le village !!:0) bonne nuit sur la coquille !!


libre necessite 05/04/2011 07:45



Merci pour ce partage.



Mireille 04/04/2011 19:36


Merci pour le partage de cette légende. Je l'ai beaucoup aimée et tu l'as bien racontée. J'aime cette idée de préférer l'amour à l'argent... Bonne soirée. Mireille


libre necessite 04/04/2011 20:20



Merci, les contes et les légendes nombreux en Bretagne, j'ai imaginé celle -ci totalement en la teintant des nombreux éléments habituels. MERCI à Bientôt



Elo 04/04/2011 12:00


Une lecture agréable, mêm plus... Merci pour ce bel article qui m'a appris beaucoup!!! Bises et à bienôt!


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