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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 06:38

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Tous les sujets sont bons à Jean Pierre pour se plaindre de la vie.

« Un chien  a aboyé toute la nuit, impossible de fermer l’œil, pourtant je l’ai déjà prévenu ma voisine, si cela continue, il va l’avoir sa boulette à la strychnine.  Pour aujourd’hui, je ne dis rien, la pauvre, elle s’est faite opérée des yeux le mois dernier, en plus  elle vient de faire une allergie aux médicaments. Vous verriez la tronche qu’elle se paye. Bon moi j’ai dit à ma femme, ne l’approche pas, on sait jamais, si çà se trouve c’est contagieux.

C’est comme la nouvelle résidence de logements sociaux…je vous l’avais bien dit. Hier, je passe par là, par hasard, et bien figurez vous qu’il y aucune immatriculation du département. C’est pas malheureux, ils auraient tout de même pu les donner en priorité à nos jeunes du coin ; En plus, je ne vous dis pas, des Audi, des BMW…on se demande bien comment ils font pour les payer leurs voitures ceux-là. Moi, si vous voulez mon avis, ils ne mangent que des pâtes à partir du cinq du mois.»

Dans son monologue, il s’adressait à qui voulait bien l’entendre mais continuait sans attendre qu’on lui réponde. Je me trouvais le plus proche de lui, c’était bien là ma deuxième erreur de la matinée. Il s’adressa directement à moi alors que je cherchais désespérément à me plonger dans la lecture du journal,  et continua.

« Oh moi, je ne lis plus les journaux. Tu as vu encore cette petite fille qui a  été enlevée, après trois jours de recherche et bien ils l’ont retrouvée, violé et jetée morte dans un fossé. Moi je te dis qu’on aurait jamais du abolir la peine de mort, il y a quand même des cas où ce serait bien mérité. Surement encore un déséquilibré ou un drogué, tous les jours, ils en laissent sortir de prison sans les surveiller. Là aussi, il y a des coups de Karcher qui se perdre. Au moins de not’ temps, à l’armée on lui aurait filé une rouste et cela lui aurait remis les idées en place. »

« Encore un laxisme de la gauche… »

Alors là quand Jean Pierre commençais à parler politique, l’heure avait sonnée de quitter les lieux au plus vite.

« Avec tous ces chômeurs qui  trainent en priant de ne pas trouver de travail, c’est pas étonnant que ces choses là arrivent. Les Français sont vraiment des fainéants, regardes en Allemagne, ils n’ont pas de problèmes eux et pourtant c’est nous qui avons gagné la guerre…

Ici, les gens, ils ne pensent qu’à partir en vacances et à s’acheter des super écrans plats.  Du temps du général, il n’aurait pas supporté çà. Moi j’espérais bien que Sarkozy  allait les remettre au boulot en leur supprimant toutes les indemnités. Il m’a beaucoup déçu ce Sarkozy, pour ce goberger au Fouquet’s ou faire copain copain avec Obama,  là il est à son affaire, mais pour redresser le pays c’est une autre paire de manche…

 La prochaine fois, de toute façon, j’ai dit que je n’irais pas voter, c’est bien tous les mêmes. »

L’actualité pouvait peut être me sauver d’affaire, alors je tentais le coup. «  Alors Jean Pierre, tu l’as trouve comment notre équipe française de rugby ? »

« Oh non, moi le rugby, je n’y comprends rien. Je ne m’intéresse qu’au foot mais je ne regarde pas non plus les matchs car ils passent bien trop tard à la télé. Moi passé huit heures du soir, je commence à tourner en rond, alors  hop au lit. »

« Bon allez, je vais me rentrer, j’ai dit à bobonne qu’aujourd’hui  je ne trainerais pas avec les copains…

Figures toi qu’elle doit rendre visite à sa nièce qui est à l’hôpital. Une pauvre fille, quarante ans qui doit se fait opérer d’un cancer de l’utérus. Si tu veux mon avis, il n’y a rien d’étonnant avec la vie qu’elle menait. D’ailleurs, son mari l’a quitté en la laissant avec ses trois enfants, tu ne me retireras pas de l’idée que cette fille était une véritable emmerdeuse. »

Replaçant son chapeau, relevant son col, il était près à quitter le bar.

«  Bon, je dois passer à la pharmacie, je n’ai plus de médicaments. J’en ai pour la tension, pour mon cholestérol, pour mes varices et même pour mieux pisser. J’en ai un nouveau pour la tension par ce que l’autre avant ne me convenait pas. Moi je lui ai dit au docteur, si les comprimés sont trop gros, je ne peux pas les avaler. Tu comprends j’ai un souci avec de glotte…

 Je dois aussi me faire  vacciner contre la grippe, comme je suis asthmatique, alors bien sûr je dois faire attention. Il y a trois mois, à la suite d’une bronchite j’ai eu une douleur dans le dos comme je n’en souhaite à personne. Je vais chez le kiné tous les mardis mais çà ne me soulage pas vraiment. C’est un jeune, je me demande s’il connait bien son boulot….

On me retirera pas de l’idée que si le père Damien était encore d’ce monde, il m’aurait guéri comme un rien…

A la radio, on ne voit rien, mais moi je sais que j’ai mal tout de même. Si çà continue je vais demander un scanner. Pourquoi je n’y aurais pas droit moi au scanner ?...

 La rhumatologue le sait bien, elle m’a dit l’autre jour, que j’avais une nature fragile. J’ai travaillé trop longtemps. Tu comprends, il me faut attendre encore deux ans avant ma retraire, car pour l’instant je suis en longue maladie. »

Jean Pierre avait fini par sortir en râlant après la serveuse parce que le sol était mouillé et qu’il avait failli glisser.

Je n’ai pas osé lui parler du trou de la sécu et de tous ces Français qui rechignent à travailler, mais je préférais en finir au plus vite avec cette conversation. Je réalisais pourtant que ce brave Jean Pierre était bien plus jeune que moi mais que son existence ne me faisait pas envie.

Après ce déluge de calamités, je sortais humer l’air doux de ce début de printemps en me disant en moi-même « Manquerais plus qu’il pleuve. »

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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 06:15

 

091022cafe-tasse_8-1-.jpg

Comme souvent en milieu de matinée, je pars à pieds en longeant le bord de mer pour rejoindre un petit port typique du pays Breton. Un bon moment de détente, le long de cette grève, avec le bruit des vagues et une petite brise qui tonifie le visage.  Je  rejoins  un bar de pêcheurs où je bois un café allongé comme on le consomme par ici.

Une occasion de jeter un œil sur le journal local mais aussi sans effort connaître tous les échos du quartier. Au bar se pressent quelques habitués qui se saluent tous poliment d’une poignée de main à leurs arrivées. L’état de la mer est un sujet de conversation incontournable, les pêcheurs ici sont intarissables sur le sujet, mais ne cherchez surtout pas à savoir ce qu’ils ont attrapé dans leurs casiers au petit matin, c’est indiscret et aucun d’eux ne vous répondra la vérité sur ses prises. Ces vieux loups de mer qui continuent à pratiquer une pêche amateur sont étroitement surveillés et gare à eux si l’on découvre à leur bord un poisson qui n’a pas la taille requise ou qui n’a pas eu la queue entaillée. Un règlement récent l’impose pour ne pas faire concurrence au circuit des mareyeurs en se retrouvant sur les tables d’un restaurateur.

Jean Pierre, lui ne va pas à la pêche, c’est un commercial à la retraite qui est natif du bourg et connu de tous. Aujourd’hui il fait grand bleu, la mer est calme, ce temps d’avril livre une douce chaleur qui laisse augurer d’une belle saison qui s’annonce.

Jean Pierre en arrivant dans le bar salue tous ses vieux copains avec toujours sa tête des mauvais jours. Emmitouflé, avec son chapeau enfoncé et le col de son caban relevé, il a l’air maladif  qu’on lui connait depuis toujours, aussi personne ne s’aventure à lui demander de ses nouvelles.

Mais Jean Pierre est un vrai bavard qui parle sans avoir besoin qu’on l’écoute et qui n’a nul besoin qu’on lui pose des questions.

Certainement à cause d’un vieux reste de politesse, en le voyant s’installer près de moi, je lui dis, « Alors Jean-Pierre comment qu’c’est ? » selon l’expression consacré dans la région. Aussitôt, j’ai senti plusieurs paires d’yeux se poser sur moi avec un air de reproche, mais le mal était fait et je ne fût pas déçu des conséquences de ma maladresse.

Aussitôt Jean-Pierre se mit à geindre

« Vous avez vu ce temps, on est pas prêt d’arrêter le chauffage dans les maisons. Avec le prix du fioul, j’en connais qui s’en mettent plein les poches. Si j’avais su, je ne serais pas sorti ce matin …

Comme d’habitude, quand je suis passé devant la librairie, il y avait encore une voiture montée sur le trottoir, un jour vous allez voir, il y aura un accident c’est moi qui vous le dit. La semaine dernière, j’ai écrit au maire pour lui signaler que les vélos roulent sur mon trottoir. Et bien il m’a répondu que c’était un arrêté municipal qui l’autorisait depuis peu. Alors moi, si je me prends un cycliste sur mon capot en sortant ma voiture, qui est ce qui va payer les dégâts ?… »

Personne ne lui fait la remarque mais on sait bien qu’il ne la sort jamais sa voiture.

« De toutes façons, ici tout le monde s’en fout. Moi, j’y vais aux réunions de quartier, et croyez moi, je leur dis ce que j’ai à dire….

C’est comme les arbres qu’ils ont plantés dans la rue du port, vous avez vu çà ? Moi je vous dis que c’est scandaleux. Ah je ne sais pas où ils les recrutent au service technique, mais croyez moi, c’est pas des lumières. »

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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 07:37

 Photo-Nathalie-Brianne.jpgPhoto Nathalie Brianne

 En effet, pour s’adapter à la phase gazeuse, une large extension devait encore avoir lieu entre leurs atomes.

L’envol se produisit en pleine journée sous une chaleur écrasante qui les aspira dans l’atmosphère avec un grand sentiment de légèreté. Une fois encore, les vieux amis vécurent ce voyage ensembles.

Leur environnement était de plus en plus instable, poussés par les vents, ils se sentaient brassés violement, happés par une bulle d’air chaud ils poursuivaient leur ascension. Heureusement cette période ne dura que peu de temps. Le cumulonimbus était le roi des nuages, arrivé à maturité, il peut prendre des formes variées et s’accrocher à près de douze mille mètres d’altitude. Il est souvent associé à des rafales de vent, de grêle et de la foudre.

En quelques heures, l’accumulation de vapeur d’eau était telle qu’elle se condensa sous la forme de fines gouttelettes. La situation ne pourrait pas durer bien longtemps.

La zone de dépression où ils se trouvaient était violemment poussée vers l’est au dessus de l’Atlantique.

Sans le savoir, ils devenaient les vedettes des rubriques météo sur les écrans de toutes les télévisions.

Les premières chutes de pluie eurent lieu très exceptionnellement au-dessus de la côte bretonne,  puis ces gros nuages traversèrent une bonne partie de la France.

Brusquement dans un bruit de tonnerre et avec de violents éclairs, un orage déclencha une énorme précipitation. 

Les molécules d’eau dont nous suivons les pérégrinations depuis les glaces de l’Arctique se trouvaient maintenant exactement en surplomb St-Jean-Bonnefonds dans le département de la Loire.

Leur alliance avait tenu le coup jusqu’ici contre vents et marées, malheureusement elles se trouvèrent brusquement réparties dans des gouttes de pluie voisines mais distinctes.

 

Leur méconnaissance topographique de ce département ne les avait pas encore alertées. Pourtant dans un cruel coup du sort, l’une d’elle fut projetée sur le versant est de la colline alors que l’autre goutte tomba  côté ouest.   

Rien de grave allez-vous me dire, ces deux là, après un ruissellement torrentiel, se retrouveront certainement à la rivière.

En d’autres lieux, probablement, mais cette crête fait partie de la fameuse ligne de partage des eaux et ces deux gouttes viennent chacune de tomber sur des bassins versants différents.

300px-Lignedepartagedeseaux-1-.png

La première rejoindra bien la rivière Ricolin qui en se jetant dans le Rhône qui la projettera dans la mer méditerranée, alors que la seconde ira grossir le courant de la rivière Ozon pour rejoindre ensuite la Loire et plus loin encore l’océan Atlantique.

Le cycle de l’eau est immuable, alors pourquoi ces molécules là ne se retrouveraient-elles pas ?

Lavoisier avait bien raison, au 18 eme siècle de clamer « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme »

Oui bien sûr, dans une vision optimiste des choses, mais admettez que la probabilité de voir se rapprocher à nouveau ces atomes d’hydrogène et d’oxygène, est bien faible.  

Chacune va encore voir du pays et aura peut être le privilège de se retrouver dans votre verre, pour apporter ses bienfaits avec votre métabolisme.   

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6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 08:51

Photo-fabien-Morel.jpgphoto Fabien Morel

La banquise était épaisse et en dehors d'une vie microscopique au ralenti, tout semblait parfaitement immuable depuis des temps immémoriaux pour encore plusieurs milliers d'années.

Une modification climatique radicale  était annoncée mais sur place tout semblait immuable.

Pris au piège dans une grande épaisseur de glace,  se trouvaient des cristaux aux jolies formes étoilées. Entremêlées étroitement, ce voisinage avait créé depuis si longtemps qu'une communauté solidaire et sympathique les réunissait. On pouvait même dire qu’une conscience collective les animait et qu’il faisait bon vivre dans cette pénombre légèrement bleutée.

Régulièrement, il se produisait des craquements violents accompagnés de bruits sourds, le plus souvent assez éloignés.  Localement une telle déchirure  s'était produite il y a bien longtemps en plein milieu de leur bloc tout proche  mais tous ces cristaux millénaires ne voulaient plus y penser.

La vie était douce et chaleureuse, trop douce et trop chaleureuse certainement car un réchauffement de la banquise avait débuté depuis peu et s'amplifiait d'année en année.

 La notion d'été était ici très théorique  mais il fallait bien se rendre à l'évidence, tous les ans  à la même période, les bruits de rupture se faisaient  plus fréquents.

Un beau jour, une violente fracture se produisit, séparant  un énorme bloc précipité dans la mer qui se mit à flotter en dérivant doucement vers le large. Avec une rapidité déconcertante  cet iceberg diminua  de taille.  Chaque jour l’énorme masse basculait pour retrouver un nouvel équilibre de flottaison . Il fallait se rendre à l'évidence tous allaient bientôt perdre leurs belles allures cristallines pour être mêlés  à cette immensité d'eau salée sous une conformation nouvelle.

La tension était à son comble.

 

Toute résistance pourtant était veine  et toutes les promesses d’union et de fraternité  échangées ne semblaient pas très réalistes. La communauté des ces molécules d’eau était bien prédestinée à se dissoudre.

eau-pure-1-.jpg

La dislocation était inévitable et la dispersion parfaitement prévisible, pourtant certaines liaisons chimiques montrèrent  des dysfonctionnements étranges. Est-ce à cause d’une forte cohésion due à  leur longue promiscuité, des forces d’attractions décuplées par une peur violente  ou simplement la puissance d’une affection profonde ?

 

Pourtant un petit noyau de particules restait solidaire alors même que leurs atomes  se distendirent  pour atteindre la souplesse nécessaire à la liquéfaction.

Ils s’habituèrent malgré eux, à leur nouvelle structure et apprirent à voguer au gré des courants. Cette instabilité nouvelle engendra bien quelques  désagréments  mais une fois parfaitement amarinés, ils apprécièrent leurs nouvelles conditions  de vie.

Leur communauté n’avait connu qu’une longue existence d’attente et d’immobilisme, dans ces fonds marins les flux étaient rapides et le spectacle permanent.

Arrivés vers les caraïbes, une chaleur soudaine se révéla. Cette  nouvelle menace les mena très vite jusqu’à des températures inhabituelles.

Le nouveau maitre du jeu s’appelait Gulf Stream. Un voyage transatlantique leur était promit.

Au bout de la traversée, plusieurs molécules d’eau autour d’eux  s’étaient déjà littéralement envolées. Ils n’échapperaient pas à ce phénomène d’évaporation et il fallait donc encore s’attendre à une nouvelle transformation radicale de leur constitution....

A suivre

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10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 22:45

Homme_aux_clefs_d_or_1956-1-.jpg

 

La chanteuse vedette poussa un cri de sa gorge puissante, la glissade paru une éternité comme décomposée dans un film au ralenti. Le portier eu le temps de prendre conscience de l’étendue de sa défaillance mais ne pu rien faire pour retenir cette femme un peu forte qui roulait déjà au bas des marches.

Les services d’urgence furent appelés sans retard mais il était facile de comprendre la gravité de la blessure au niveau de la cheville droite. Au cri de surprise succéda les cris de douleurs sur un ton aussi aigu, mais bien vite, se rendant compte de l’étendue du drame, la star sombra dans une profonde torpeur.

Le directeur du palace  arriva sur les lieux rapidement et prit personnellement la direction des opérations. Il était impérieux d’éloigner les passants et d’assurer coute que coute le confort de la clientèle. Au regard sombre de son patron, le portier avait compris que son sort était scellé et qu’après une mise à pieds inévitable, il lui faudrait au mieux se résoudre à se voir rétrograder au rang des bagagistes.

Sans tarder les premiers secours confirmèrent la gravité de la blessure et transportèrent à l’hôpital la pauvre malheureuse.

Reporters et photographes prirent position sur le trottoir opposé d’où les premiers reportages télévisés furent enregistrés. La grande vedette eut son image projetée dans tous les flashs d’information.

Ce fait divers eu un écho internationale car la première représentation de la Norma de Vincenzo Bellini devait avoir lieu le soir même, une grande tournée devait suivre à travers le monde.

Le palace bénéficia d’une publicité dont il se serait bien passé.

Le plus grand quotidien du pays en fit sa une avec en première page la photo du panneau en métal doré annonçant  « Warning wet steps ».

Le portier fut effectivement transféré. Ses états de service lui évitant le licenciement. Un autre pris sa place sans qu’aucun client ne remarque ce changement.  Sa conscience professionnelle était meurtrie, pour soulager sa conscience, il se rendit au chevet de la victime avec un petit bouquet à la main.

Le garde du corps posté devant la porte de la chambre resta intraitable. Le célèbre hôtel avait déjà fait livrer une superbe gerbe de fleurs pour s’excuser, il n’était pas informé de la venue d’une délégation officielle de la part du palace.   

Après avoir informé la chanteuse, le portier fut admis à entrer.

Il ne savait comment cette belle femme qu’il avait tant de fois accueillie à sa descente de voiture, pouvait réagir en le voyant. Allait-elle même le reconnaitre ? 

Contrairement à se craintes, c’est avec un large sourire et une main tendue que cette grande vedette, le pria de s’approcher. L’humble portier saisi cette main offerte en s’inclinant pour un baisemain d’une grande élégance.

Dans l’exercice de sa charge, il était toujours ganté. La délicatesse de ses doigts le saisi et l’enchanta immédiatement. En relevant la tête pour découvrir un regard resplendissant, il oublia totalement l’objet de sa visite.

Durant de longues minutes, elle laissa sa main dans la sienne et tous deux restèrent silencieux. En cet instant la diva, se trouvant libérée de tous engagements professionnelles, se senti femme et vit en lui pour la première fois un homme plein de charme.

Au même moment, une pluie s’abattait sur les marches d’un palace, où l’on avait prit soin d’apposer une  pancarte sur un pied de métal doré indiquant « Warning wet steps ».     

 

 

 

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10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 01:08

Voiturier_-_Maserati-1-_1-1-.jpg 

A l’entrée du palace, le portier dans son costume rouge vif dans un style néo baroque semble très à l’aise sur son minuscule  territoire. Aucune des personnes de passage n’échappe à son contrôle, d’un geste vif mais toujours avec classe et élégance, il se précipite pour accueillir les nouveaux clients mais aussi faciliter les départs, toujours avec un mot aimable pour les habitués.

Il a plu ce matin et les marches de ce grand hôtel, sont très glissantes. Le marbre de Carrare représente depuis longtemps le luxe et le bon goût en matière de décoration mais l’humidité en est un ennemi permanent. Un pas un peu trop précipité, des semelles de cuir trop lisses et l’équilibre devient très périlleux.  Sur un pied de métal doré un panneau a été installé ce matin, indiquant « Warning wet steps ». L’annonce ne nécessite aucune traduction, d’ailleurs la majorité des clients sont anglo-saxons.

Dans cette situation, le portier se doit de veiller, avec encore plus d’attention, au passage sans encombre de son petit domaine.

Sans en prendre l’initiative, il peut avoir un geste de soutien pour saisir le bras d’une jolie femme en la soulageant dans la montée des marches. Chacun a le droit à un petit mot courtois avec réserve et finesse.

S’il le faut, il sait se montrer ferme et persuasif pour éloigner les curieux, toujours très impressionnés par le faste d’un tel palace.

Avec autorité, il sait se montrer digne d’un poste quasi aristocratique dans ce petit monde des établissements de luxe.  Presque sans parole, d’un geste ferme il active les bagagistes, commande aux placiers de garer les limousines et hèle la promeneuse de chiens pour lui confier un nouveau pensionnaire.

Une organisation parfaitement huilée mais qui en ce jour d’intempéries demande encore plus d’attention.

L’arrivée dune grosse berline blanche survenait au plus mauvais moment, alors que la pluie redoublait. Un mauvais concours de circonstances, comme il en arrive parfois, Un léger retard du portier avec son large parapluie, l’ouverture hâtive de la portière par la  belle passagère, la précipitation sur les marches humides de cette célèbre cantatrice ayant peur des courants d’air pour épargner sa voix… L’accident était inévitable !

 

 

 

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25 juin 2011 6 25 /06 /juin /2011 13:05

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A la date du samedi 25 juin, mon agenda est formel, j’ai rendez-vous avec Jonas pour un pique-nique.

Pour plus de commodité, nous nous sommes répartis les tâches et j’ai été chargé des sandwichs.

L’un et l’autre nous avons des goûts bien différents mais une aversion commune pour ce pain de mie ramolli que l’on trouve souvent sous plastique. Découpés en triangle, ils laissent entrevoir par la tranche, une garniture minimaliste chargée outrageusement de sauce grasse. Imaginez un peu ces tranches molles et humides proposées avec une bouillie de thon aux crudités difficilement identifiables.

Une seule expérience, dans la précipitation,  suffit à vous dégouter à jamais de vous nourrir de la sorte.

Pour aujourd’hui, Jonas m’en a demandé  un au jambon et au fromage, simplement présenté dans une baguette bien fraîche et croustillante, préalablement beurrée légèrement. Il ne m’a rien précisé à propos des cornichons mais je sais qu’il les apprécie avec le saucisson.

Le temps m’a manqué pour tout préparer moi-même. Dans ce cas, j’aurais personnellement choisi de griller deux belles tranches de pain complet, entre lesquelles j’aurais glissé une ou deux belles tranches de saumon mariné avec quelques rondelles de tomates épépinées.

De mes voyages en Scandinavie, j’ai gardé le goût pour le pain polaire fait de blé et de seigle. Sur place, je l’ai découvert garni de viande de renne ou de harengs à la crème, mais rien de comparable avec ceux trouvés en France dans les distributeurs automatiques. Il existe aussi un pain croustillant suédois mais qui est plus indiqué pour les toasts.

Par question non plus de choisir pour ce midi, un hamburger ou un Kebab qu’il est bien préférable de manger chaud dans quelques restaurants sélectionnés où on sait y trouver les meilleurs qui soient. Surtout ne pas se précipiter dans les enseignes américaines de la restauration rapide, adeptes de la mal bouffe mondialisée et du ketchup  agressif, où seules les boissons gazeuses et sucrées vous remplissent l’estomac.

Pour un bon sandwich, le choix du pain est primordial, d’une texture croustillante avec une mie aérée, il doit être frais du jour. Ma préférence va au pain semi complet T80 (Codification des farines sur une sorte d’échelle de Richter).

Le pain, c’est aussi un produit de base, chargé de nombreux symboles. Je laisse de côté les rites religieux qui s’y rattachent et auxquels je n’ai jamais été sensible. Je préfère garder l’image populaire des ouvriers qui ne pouvaient s’offrir que la croûte du dessous, souvent bien trop cuite, alors que les bourgeois aisés pouvaient choisir la mie au quotidien et la croûte du dessus pour les repas de fête. D’où l’expression populaire « gagner sa croûte » en travaillant dur.

Ensuite, pour le choix de la garniture, je privilégie les bons produits frais, avec quelques condiments ou des herbes aromatiques mais surtout sans aucune sauce envahissante. Un bon jambon ou quelques tranches de rosette de Lyon font parfaitement l’affaire mais j’apprécie également les poissons fumés ou marinés.

Pour un goût plus printanier, mais aussi  pour les végétariens, quelques rondelles de tomates, un filet d’huile d’olives et quelques copeaux de parmesan et vous avez là de quoi vous régaler.

Dans le midi, on apprécie un peu d’huile d’olives dans un grand pain rond appelé Pan bagnat, on peut y mettre beaucoup de produits frais mais attention de ne pas  froisser les Niçois qui refusent l’œuf dur dans leur recette.   

Plus au sud, en Italie, nous est venue la mode des Paninis mais mes premières expériences n’ont pas été très concluantes.

J’ai constaté que la baguette viennoise était également proposée. Dans mes souvenirs, elle était largement beurrée et saupoudrée de chocolat et faisait la joie du goûter. Avec ma sœur, nous avions l’habitude de nous assoir dessus avant de déguster ce pain au chocolat bien particulier. C’est probablement pour cette raison que je ne peux l’envisager pour tartiner les rillettes.

Pour aujourd’hui, si je trouve une bonne baguette artisanale, bien cuite, je pourrais parfaitement confectionner notre repas grâce au couteau de marin qui ne me quitte jamais.

Jonas est chargé de la boisson. Je crois avoir bien rempli ma tâche, il conviendra certainement que j’ai parfaitement mérité une bière bien fraîche que nous partagerons entre amis.    

 

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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 10:17

 

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Le mur n’était pas bien haut  mais leur passage habituel était plus facile, il se trouvait un peu plus loin par un trou dans le vieux grillage. Paulo était entré avec ses deux meilleurs potes, Chris et Ahmed, qui ne le quittaient jamais.  L’endroit était lugubre mais c’est là qu’ils préféraient se retrouver plutôt que sur les bords de  la Seine toute proche, certainement plus bucoliques mais un peu trop fréquentés à leur goût.

Ce hangar désaffecté avait vu travailler plusieurs générations d’ouvriers à la fabrication d’alternateurs pour l’automobile. L’usine avait fermé il y a plusieurs années, comme beaucoup d’autres dans cette banlieue proche de Paris. Le père d’Ahmed avait été électricien pendant quelques mois dans cet atelier, juste avant la fermeture,  depuis, il était chômeur  et n’avait pas retrouvé de vrai boulot depuis plus de cinq ans.

Malgré un mouvement de grève de l’ensemble des salariés, les plus grosses machines avaient été déménagées rapidement, l’espace d’un seul week-end, pour être transférées à destination de la Roumanie.  Les hommes en bleus de travail tachés de graisse, les chefs en blouses blanches et quelques employées de bureau  pour une fois réunis dans un même combat pour tenter de sauver leurs emplois se trouvèrent brutalement confrontés à un grève sans limite. Enfin plutôt une sorte de baroud d’honneur car ils n’avaient pas imaginé que la Direction effectuerait un déménagement aussi rapide  et aucun piquet de grève n’avait été organisé. Par la suite,  ils ont été tous solidaires mais le blocage de l’usine avait perdu tout son sens. La lutte s’était tout de même poursuivie par la négociation d’une prime de licenciement qui ne couvrirait pas le préjudice subi par les familles ni ne compenserait les efforts déployés depuis tant d’années par une large majorité des travailleurs.

Aujourd’hui, les trois copains, en venant en cette sorte de cathédrale ouvrière pour s’amuser,  n’avaient pas conscience de tout ce vécu humain qui laissait encore des traces bien visibles. A peine la décision de fermeture définitive avait-elle été prise que les locaux avaient été pillés de tout ce qui pouvait avoir une utilité. Plusieurs bandes du quartier s’étaient chargé de détruire ce qui subsistait. Les verrières n’avaient plus aucune vitre intacte et le feu avait ravagé l’intégralité du bois et quelques bidons de vieilles huiles.

Lorsque Paulo et ses copains se retrouvaient dans ces parages, l’endroit servait déjà de décharge sauvage pour des gravats, des carcasses de mobylettes et même une camionnette abandonnée là sans ses plaques d’immatriculation ni ses numéros de châssis. Le moteur et les roues avaient été rapidement dispersés en pièces détachées.

Dans cette immensité inhospitalière, ce petit camion bleu servait de refuge douillet aménagé avec quelques vieilles couvertures.  Paulo et sa bande en avaient fait leur quartier général.

Ceux qui étaient encore scolarisés venait sécher les cours durant des après-midi entières, les autres n’avaient pas de travail et se retrouvaient ici à n’importe quelle heure du jour et de la nuit.

L’endroit avait accueilli les premières expériences amoureuses sans pour autant devenir un lieu de débauche. On y fumait un peu d’herbe, on y buvait beaucoup de bières mais ce lieu était tacitement préservé de tous les trafics.

En plein milieu de la désolation, ce petit coin paraissait plus chaleureux que la rue, le square ou un hall d’immeuble. Bien sûr, c’est au prix de bagarres mémorables avec quelques intrus jugés indésirables que ce repère avait gardé son ambiance bon enfant. Les grands frères, occupés à des choses plus sérieuses, ne leur avaient pas disputé ce territoire bien à eux.

Autour de Paulo comme chef de gang, on trouvait un noyau d’habitués de six ou sept jeunes gars ;  au gré des amours de jeunesse, quelques filles aussi participaient régulièrement. D’autres étaient moins assidus, soit plus jeunes et encore quelques peu contrôlés par les parents, soit résidant dans un quartier éloigné.

Par exemple, Gilbert ne venait que rarement mais il était toujours le bienvenu. Il savait raconter les histoires et exposait toujours de façon plaisante le déroulement de son stage en menuiserie ou les réprimandes de sa mère pour ranger sa chambre. Il n’avait jamais fait de grosses conneries ce Gilbert et il ne buvait pas beaucoup mais il était respecté de tous.  

Les trois copains étaient arrivés vers la fin de matinée ; en sortant de la cité ils avaient acheté deux baguettes molles sous cellophane et un camembert en promotion. Paulo avait chipé, sans se faire voir de sa mère, une petite boite de pâté dans le placard de la cuisine. Il savait qu’Ahmed refuserait d’y toucher, alors qu’il buvait de la bière sans rechigner; mais il partagerait avec Chris pour compléter le casse-croûte de midi.

En rejoignant le fourgon placé en plein milieu de l’atelier en ruine, ils criaient à tue tête en profitant de la résonnance du grand bâtiment vide. Puis, ils s’installèrent, à leurs places habituelles sur les vieilles couvertures, Paulo s’asseyant quant à lui plus confortablement sur un vieux siège de Mégane qu’il avait trainé jusqu’ici. Un vieux poste de radio auquel il manquait presque tous les boutons de commande, crachait une musique de rap aux paroles incompréhensibles. Au moins ici,  personne pour se plaindre du bruit.

Le temps s’écoulait selon un rythme immuable marqué par l’ouverture de nouvelles canettes de bière tiède.

Dans l’après-midi, la petite Stéphanie était venue retrouver Chris sur la friche. Il avait oublié leur rendez-vous en ville. Elle avait semblée contrariée par cette négligence, Chris l’avait entrainée un peu à l’écart pour s’expliquer avec elle, mais  elle était repartie seule et lui avait retrouvé sa place auprès de ses copains comme si de rien n’était. Plus tard d’autres étaient venus les rejoindre pour finir la soirée, toujours avec la même musique mais la bière venait à manquer

Comme pratiquement chaque soir,  Paulo et Ahmed firent « la fermeture ».  Parfois un membre du groupe passait la nuit  avec une copine qui surmontait son appréhension à l’idée de dormir dans cet endroit lugubre. Ils avaient déjà passé tous ensemble quelques nuits blanches mais la présence des rats et le bruit du vent dans la structure rendaient le lieu particulièrement sinistre.     

Même tard dans la nuit, tous avaient fini par trouver un endroit bien chaud  pour dormir.

Aucun des membres du groupe ne fut présent pour voir pénétrer les engins de chantier sur leur petit territoire. Il ne fallut pas beaucoup de temps à une équipe de professionnels pour détruire toute la structure et charger plusieurs camions qui effectuaient des rotations pour dégager les gravats et les poutrelles métalliques.

Déjà à neuf heures moins le quart, Lucien qui passait par là sur sa mobylette, n’en crut pas ses yeux. Comment, en si peu de temps, le terrain avait-il pu être ravagé à ce point ?

Impossible de prévenir les copains, il devait se rendre à l’atelier de mécanique où il avait embauché au début du mois, il était déjà en retard et de toutes façons, personne ne pouvait s’opposer à la destruction de leur univers.

 

Deux heures plus tard, toute la ferraille avait été chargée, les gravats de béton réunis dans un angle du terrain où on avait mis le feu à la camionnette avec tout ce qui brûlait facilement.

Paulo, Ahmed et Chris restaient médusés, juchés sur un talus surplombant le chantier. Ils ne reconnaissaient plus rien de leur repère. Furieux d’avoir été dépossédés de leurs biens : un pack de bière presque plein,  quelques barres de chit, deux nains de jardin « libérés » d’un jardin voisin, leur vieille radio, plusieurs revues pornos et un ballon de foot gagné dans une tombola de la fête foraine…

Ce qui rendait le plus malheureux les trois gars, c’était d’être privés de ce lieu rien qu’à eux où ils s’étaient sentis exister tous ensemble. Pour l’instant, l’idée de devoir se retrouver dans un hall d’entrée ou d’investir une cave de la cité les mettait en colère.

Dans les jours qui suivirent, tous les soirs, les discussions allèrent  bon train, les uns imaginant déjà des représailles, les autres trop démoralisés pour y penser sérieusement. Tous se sentaient en deuil au sein d’une grande famille.

Lola arriva un soir avec une photo de la camionnette bleue. Les gars s’en voulurent de ne pas y avoir pensé avant le drame. Ce souvenir était tout ce qu’il leur restait, chacun en voulait une copie pour rappeler le bon vieux temps.

 

Un sacré coup de semonce dans leurs vies d’adolescents attardés, mais le sort apporta quelques compensations : Ahmed trouva un emploi dans la cuisine d’une grande brasserie parisienne. Le travail était dur mais lui plaisait beaucoup et il n’avait plus beaucoup de temps libre pour retrouver les anciens copains.

Chris n’oublia plus les rendez-vous avec sa copine. C’est elle qui l’incita à prendre un poste de manutentionnaire dans le supermarché où elle était caissière. Elle réussit même à lui faire réduire sa consommation de bière.

Paulo passa de plus en plus de temps avec Lola ; pour elle, il reprit des cours du soir au foyer des jeunes travailleurs. Pôle emploi l’inscrivit également à un stage pour devenir moniteur d’auto- école. Au-dessus de son lit, trône encore la photo encadrée de cette camionnette qui ne les mena nulle part mais les conduisit, par des chemins détournés,  vers l’âge adulte.

 

  

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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 08:00

5112l-echec-sentimental[1] 

La sonnette de la porte d’entrée retentit, Jean-Paul s’avance en trainant les pieds. Hervé, son voisin, lui apportait des fleurs. Toujours de drôles d’idées ce Hervé, Jean-Paul le fait entrer surtout pour qu’on ne le voit pas ainsi, devant sa porte, un bouquet à la main.

En fait, Hervé était un brave gars, peut-être un peu trop maniéré à son goût mais toujours prêt à rendre service. Cette fois, il s’était mis en tête que pour son rendez-vous avec Nathalie, Jean-Paul ne penserait certainement pas à acheter des fleurs. Alors lui, pour que son copain face bonne impression, il s’était enquis d’un petit bouquet de tulipes.

Jean-Paul n’avait fait que peu de cas de cette marque d’attention et avait poussé au-dehors son compère en prétextant qu’il était déjà très en retard et qu’il n’avait pas fini de s’apprêter. De toute façon, Hervé ne buvait pas. Chaque fois qu’on lui proposait une bonne bière, il refusait avec une moue à offusquer à choquer les vrais amateurs de Kronenbourg. Il n’allait tout de même pas acheter du jus de fruit uniquement pour lui.

Après avoir jeté le bouquet sur la table de la cuisine, Jean-Paul se précipita vers la salle de bain pour finir de se préparer. Il était déjà douché et rasé de près, il ne lui restait plus qu’à s’asperger d’eau de toilette avant d’enfiler sa belle chemise à fleurs, celle qui lui portait bonheur et avec laquelle il avait toujours un beau succès auprès des filles. Ce petit parfum suave et sucré était la touche finale, ses copains lui avaient déjà dit en blaguant qu’il en mettait beaucoup trop mais depuis son adolescence, comme par superstition, il ne serait jamais sorti de chez lui avant de s’en être verséune bonne partie du flacon sur la tête et le torse.

Avant de sortir de l’appartement, il se souvint des tulipes sur la table. Vraiment, quelle idée il avait eu d’avoir acheté ses fleurs ! Il ne se voyait pas sortir de son immeuble avec ce bouquet à la main. Il arracha deux grandes feuilles du journal du matin et en fit une sorte de petit paquet informe qui passerait facilement inaperçu dans le quartier.

Quand Nathalie avait obtenu ce rendez-vous, elle n’avait pas osé protester mais le Balto, un samedi soir, ce n’était pas tout à fait ce qu’elle avait espéré. Un peu inquiète,  elle était arrivée très tôt pour choisir une table au fond de la salle. Jean-Paul était venu tout de suite vers elle, avait déposé son paquet devant elle sans rien dire et après s’être penché discrètement pour l’embrasser, était allé rejoindre ses copains au comptoir.  L’apéro du samedi, c’était sacré.

Très vite, les conversations allaient bon train ; au moment de commander la deuxième tournée, il avait demandé au barman de servir un Martini supplémentaireà la table du fond. Un petit geste à Nathalie pour lui montrer qu’il ne l’avait pas complètement oubliée.

Pas question de partir avant d’avoir bu encore deux ou trois verres, d’autant que le petit Cédric fêtait son permis de conduire.

Nathalie était déçue mais pas très surprise. Elle avait bien constaté que Jean-Paul n’était pas très attentionné auprès d’elle. Depuis leur première rencontre à la sortie de chez Pichard, l’usine où elle travaillait dans les bureaux comme aide comptable, alors que Jean-Paul, lui,  était aux ateliers.  Les premiers regards avaient été très expressifs mais ensuite rien dans son attitude n’avait conforté son intérêt pour elle.

Et puis jeudi dernier, alors qu’il pleuvait des cordes, Jean Paul s’était arrêté le long du trottoir à sa hauteur pour lui proposer de la raccompagner. Une chance, ce jour là, il avait dû venir au boulot en voiture pour aller aussitôt chez sa mère où il devait rester diner.

Nathalie avait été surprise de cette marque d’attention car, amoureuse en secret depuis longtemps, il ne lui rendait pas souvent son sourire lorsqu’ils se croisaient dans la cour de l’usine.

Avant de la déposer devant chez elle, il avait stationné la voiture dans une petite rue pour avoir un peu de temps pour parler. Aucun risque d’être remarqués par le voisinage  avec ce sale temps.    

Jean Paul ne lui avait pas paru timide, tout juste maladroit de s’adresser à une femme. C’est ce soir-là qu’il l’avait invitée pour le samedi suivant, et prétextant qu’il n’avait que peu de temps aujourd’hui avant d’aller rendre visite à sa mère.   

C’est environ une heure plus tard, que Jean Paul est venu rejoindre Nathalie à sa table.  Il se serait bien passé des remarques ironiques et grivoises de ses copains mais il fallait tout de même bien qu’il  respecte son rendez-vous. Aussitôt, il s’est bien rendu compte que Nathalie était distante et peu disposée à lui répondre. Sans plus d’explications, en se levant de sa chaise, il lui proposa de le suivre  afin d’aller en quête d’un restaurantdans le quartier. Après quelques pas, il s’est rapproché d’elle pour lui prendre la taille tout en la guidant gentiment jusqu’à la taverne de Maître Kanter.

Ce qu’elle avait vu en premier, Nathalie, c’est l’écran géant accroché au mur et la retransmission d’un match de football. Elle se demandait si le choix de cet endroit avait été mûrement réfléchi par Jean Paul ou tout simplement un acharnement du sort sur ce premier rendez-vous qu’elle espérait depuis si longtemps.

Sans même demander son avis, Jean Paul avait pris place pour ne rien rater du spectacle. Pour tenter de l’intéresser, il lui expliqua l’importance de cette rencontre entre l’équipe de Lens et celle de Lille. Un derby nordiste haut en couleur pour espérer une qualification en finale de la coupe de France. D’ailleurs, Jean Paul avait déjà son entrée pour le stade de France dans quinze jours exactement ainsi que sa place réservée dans le car qui l’emmènerait avec tous les supporters, assister à cette finale.

Nathalie avait choisi un poisson et sa sauce au beurre, accompagnédes petits légumes. Jean-Paul était resté fidèle à l’entrecôte saignante avec des frites. Au moment du dessert, ils avaient pu échanger quelques mots pendant la  mi-temps du match.

Nathalie avait opté pour un marbré au chocolat et sa crème anglaise, Jean-Paul avait préféré rependre une pinte de bière car il n’avait que peu de goût pour le sucré.

La soirée avait paru bien longue à Nathalie car plus le temps passait, plus l’intensité du match accaparait totalement Jean-Paul et les clients autour d’eux. A la fin des deux périodes de prolongation, alors queles deux équipes étaient encore à égalité, l’idée d’assister à l’épreuve des tirs au but dans une ambiance survoltée, était parfaitement insupportable à Nathalie.

Sans que son compagnon ne la remarque, elle alla  récupérer son manteau et sortit rapidement pour rejoindre son appartement. Elle n’éprouvait aucune  tristesse, mais  ce fut plutôt avec un grand soulagement qu’elle retrouva son intérieur douillet. Une douche bien chaude acheva de la détendre, elle pu se mettre au lit avec satisfaction ettrouver rapidement le sommeil.

Le lendemain, la journée s’écoula doucement sans un appel téléphonique. Elle n’en fut nullement surprise.

Le lundi matin, à l’entrée de l’atelier, Hervé guettait l’arrivée de Jean-Paul. Les deux hommes se retrouvèrent  avec la cordialité habituelle au vestiaire, pour quelques minutes, avant que la journée de travail ne commence.  Pressé par les questions de son ami, Jean-Paul finit par lâcher sèchement une remarquequi ne souffrait aucun commentaire :

 -« Oh, tu sais mon pauvre Hervé, toutes ces filles des bureaux, c’est pimbêche et compagnie, et Nathalie ne valait pas mieux que les autres! »

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