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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 08:00

5112l-echec-sentimental[1] 

La sonnette de la porte d’entrée retentit, Jean-Paul s’avance en trainant les pieds. Hervé, son voisin, lui apportait des fleurs. Toujours de drôles d’idées ce Hervé, Jean-Paul le fait entrer surtout pour qu’on ne le voit pas ainsi, devant sa porte, un bouquet à la main.

En fait, Hervé était un brave gars, peut-être un peu trop maniéré à son goût mais toujours prêt à rendre service. Cette fois, il s’était mis en tête que pour son rendez-vous avec Nathalie, Jean-Paul ne penserait certainement pas à acheter des fleurs. Alors lui, pour que son copain face bonne impression, il s’était enquis d’un petit bouquet de tulipes.

Jean-Paul n’avait fait que peu de cas de cette marque d’attention et avait poussé au-dehors son compère en prétextant qu’il était déjà très en retard et qu’il n’avait pas fini de s’apprêter. De toute façon, Hervé ne buvait pas. Chaque fois qu’on lui proposait une bonne bière, il refusait avec une moue à offusquer à choquer les vrais amateurs de Kronenbourg. Il n’allait tout de même pas acheter du jus de fruit uniquement pour lui.

Après avoir jeté le bouquet sur la table de la cuisine, Jean-Paul se précipita vers la salle de bain pour finir de se préparer. Il était déjà douché et rasé de près, il ne lui restait plus qu’à s’asperger d’eau de toilette avant d’enfiler sa belle chemise à fleurs, celle qui lui portait bonheur et avec laquelle il avait toujours un beau succès auprès des filles. Ce petit parfum suave et sucré était la touche finale, ses copains lui avaient déjà dit en blaguant qu’il en mettait beaucoup trop mais depuis son adolescence, comme par superstition, il ne serait jamais sorti de chez lui avant de s’en être verséune bonne partie du flacon sur la tête et le torse.

Avant de sortir de l’appartement, il se souvint des tulipes sur la table. Vraiment, quelle idée il avait eu d’avoir acheté ses fleurs ! Il ne se voyait pas sortir de son immeuble avec ce bouquet à la main. Il arracha deux grandes feuilles du journal du matin et en fit une sorte de petit paquet informe qui passerait facilement inaperçu dans le quartier.

Quand Nathalie avait obtenu ce rendez-vous, elle n’avait pas osé protester mais le Balto, un samedi soir, ce n’était pas tout à fait ce qu’elle avait espéré. Un peu inquiète,  elle était arrivée très tôt pour choisir une table au fond de la salle. Jean-Paul était venu tout de suite vers elle, avait déposé son paquet devant elle sans rien dire et après s’être penché discrètement pour l’embrasser, était allé rejoindre ses copains au comptoir.  L’apéro du samedi, c’était sacré.

Très vite, les conversations allaient bon train ; au moment de commander la deuxième tournée, il avait demandé au barman de servir un Martini supplémentaireà la table du fond. Un petit geste à Nathalie pour lui montrer qu’il ne l’avait pas complètement oubliée.

Pas question de partir avant d’avoir bu encore deux ou trois verres, d’autant que le petit Cédric fêtait son permis de conduire.

Nathalie était déçue mais pas très surprise. Elle avait bien constaté que Jean-Paul n’était pas très attentionné auprès d’elle. Depuis leur première rencontre à la sortie de chez Pichard, l’usine où elle travaillait dans les bureaux comme aide comptable, alors que Jean-Paul, lui,  était aux ateliers.  Les premiers regards avaient été très expressifs mais ensuite rien dans son attitude n’avait conforté son intérêt pour elle.

Et puis jeudi dernier, alors qu’il pleuvait des cordes, Jean Paul s’était arrêté le long du trottoir à sa hauteur pour lui proposer de la raccompagner. Une chance, ce jour là, il avait dû venir au boulot en voiture pour aller aussitôt chez sa mère où il devait rester diner.

Nathalie avait été surprise de cette marque d’attention car, amoureuse en secret depuis longtemps, il ne lui rendait pas souvent son sourire lorsqu’ils se croisaient dans la cour de l’usine.

Avant de la déposer devant chez elle, il avait stationné la voiture dans une petite rue pour avoir un peu de temps pour parler. Aucun risque d’être remarqués par le voisinage  avec ce sale temps.    

Jean Paul ne lui avait pas paru timide, tout juste maladroit de s’adresser à une femme. C’est ce soir-là qu’il l’avait invitée pour le samedi suivant, et prétextant qu’il n’avait que peu de temps aujourd’hui avant d’aller rendre visite à sa mère.   

C’est environ une heure plus tard, que Jean Paul est venu rejoindre Nathalie à sa table.  Il se serait bien passé des remarques ironiques et grivoises de ses copains mais il fallait tout de même bien qu’il  respecte son rendez-vous. Aussitôt, il s’est bien rendu compte que Nathalie était distante et peu disposée à lui répondre. Sans plus d’explications, en se levant de sa chaise, il lui proposa de le suivre  afin d’aller en quête d’un restaurantdans le quartier. Après quelques pas, il s’est rapproché d’elle pour lui prendre la taille tout en la guidant gentiment jusqu’à la taverne de Maître Kanter.

Ce qu’elle avait vu en premier, Nathalie, c’est l’écran géant accroché au mur et la retransmission d’un match de football. Elle se demandait si le choix de cet endroit avait été mûrement réfléchi par Jean Paul ou tout simplement un acharnement du sort sur ce premier rendez-vous qu’elle espérait depuis si longtemps.

Sans même demander son avis, Jean Paul avait pris place pour ne rien rater du spectacle. Pour tenter de l’intéresser, il lui expliqua l’importance de cette rencontre entre l’équipe de Lens et celle de Lille. Un derby nordiste haut en couleur pour espérer une qualification en finale de la coupe de France. D’ailleurs, Jean Paul avait déjà son entrée pour le stade de France dans quinze jours exactement ainsi que sa place réservée dans le car qui l’emmènerait avec tous les supporters, assister à cette finale.

Nathalie avait choisi un poisson et sa sauce au beurre, accompagnédes petits légumes. Jean-Paul était resté fidèle à l’entrecôte saignante avec des frites. Au moment du dessert, ils avaient pu échanger quelques mots pendant la  mi-temps du match.

Nathalie avait opté pour un marbré au chocolat et sa crème anglaise, Jean-Paul avait préféré rependre une pinte de bière car il n’avait que peu de goût pour le sucré.

La soirée avait paru bien longue à Nathalie car plus le temps passait, plus l’intensité du match accaparait totalement Jean-Paul et les clients autour d’eux. A la fin des deux périodes de prolongation, alors queles deux équipes étaient encore à égalité, l’idée d’assister à l’épreuve des tirs au but dans une ambiance survoltée, était parfaitement insupportable à Nathalie.

Sans que son compagnon ne la remarque, elle alla  récupérer son manteau et sortit rapidement pour rejoindre son appartement. Elle n’éprouvait aucune  tristesse, mais  ce fut plutôt avec un grand soulagement qu’elle retrouva son intérieur douillet. Une douche bien chaude acheva de la détendre, elle pu se mettre au lit avec satisfaction ettrouver rapidement le sommeil.

Le lendemain, la journée s’écoula doucement sans un appel téléphonique. Elle n’en fut nullement surprise.

Le lundi matin, à l’entrée de l’atelier, Hervé guettait l’arrivée de Jean-Paul. Les deux hommes se retrouvèrent  avec la cordialité habituelle au vestiaire, pour quelques minutes, avant que la journée de travail ne commence.  Pressé par les questions de son ami, Jean-Paul finit par lâcher sèchement une remarquequi ne souffrait aucun commentaire :

 -« Oh, tu sais mon pauvre Hervé, toutes ces filles des bureaux, c’est pimbêche et compagnie, et Nathalie ne valait pas mieux que les autres! »

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Published by libre necessite - dans nouvelle
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commentaires

Olga Guyot 20/05/2011 09:30


Ohhh la mauvaise foi des hommes !!! Quel culot tout de même !!!! Ca m'enrage ça !!! Et l'histoire est écrite par un homme, chapeau bas, Monsieur !!! Très bien écrite ce premier rendez-vous, qui
n'aura, je crois pas de lendemain...
Bises
Olga


libre necessite 20/05/2011 10:29



On ne se doit pas toujours une solidarité masculine. Amicalement Dan



cecyle 19/05/2011 11:40


Cette histoire me rappelle quelques rendez-vous foireux...
Très bien décrite, encore une fois!
Hey!
Je t'ai déjà dit que j'aime ce que tu fais msieur Dan???
:)


libre necessite 19/05/2011 11:45



Merci Miss Cecyle, toutes ces remarques me touchent. Bises dan



Moâ 12/04/2011 13:34


Hello ;-)

C'est avec plaisir que je valide ta demande d'inscription dans la communauté "vos blogs en parler".
Bienvenue!
Dans l'attente de lire rapidement tes articles dans cette commmunauté, l'une des plus importantes d'overblog avec 1400 blogueurs(ses), bien à toâ.
Cordialement, à bientôt...


Elo 12/04/2011 12:46


Ouille!!!! Portrait criant de l'attitude de beaucoup d'hommes!!! :p


libre necessite 12/04/2011 14:11



Et encore, celui là a pour excuse son inculture mais dans les milieux plus favorisés je suis certain qu'on peut trouver de beaux spécimens. Bises 



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