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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 05:19

36325305_p-1-.jpgLa France, l’Europe et le monde sont atteints par une crise majeure dont les racines plongent dans les transformations du capitalisme amorcées voici près de quarante ans. À cette époque-là, la crise était déjà là, mais elle fut attribuée trop hâtivement et trop sommairement à la seule augmentation du prix du pétrole, alors qu’elle était fondamentalement due à la difficulté d’assurer une rentabilité des capitaux toujours plus grande. Toutefois, le système surmonta temporairement cette défaillance en libérant la circulation des capitaux et en imposant une dévalorisation générale de la condition salariale pour assurer une meilleure rémunération des propriétaires du capital : « la valeur pour l’actionnaire » résumait ce durcissement des conditions de production et de réalisation de la valeur et des conditions d’emploi. Les États et les institutions internationales furent alors les agents de ces transformations, en déréglementant, privatisant, marchandisant et réduisant le périmètre des services publics et de la protection sociale. Ainsi fut ouverte l’ère du néolibéralisme, censé donner au capitalisme devenu mondial un nouvel essor durable.

Las ! L’illusion ne dura que trois décennies. Le néolibéralisme, synonyme de la financiarisation exacerbée de l’économie mondiale, a conduit tout droit à l’éclatement d’une crise inédite par son ampleur en 2007. Inédite parce que l’interconnexion des systèmes financiers, productifs et commerciaux a vu cette crise atteindre d’emblée une dimension mondiale. Inédite aussi parce que, aux aspects traditionnels de spéculation et de panique financières, de récession économique et de montée du chômage et de la pauvreté, se sont ajoutés les faits aujourd’hui incontournables de l’épuisement de la planète et du réchauffement climatique. Crise du capitalisme productiviste et crise écologique sont donc les deux faces d’une même réalité.

La réorientation profonde à opérer est à la mesure des dégâts de toute nature engendrés par l’ordre néolibéral et les diktats financiers. Cette réorientation concerne l’ensemble des choix qui structurent un mode de développement, et qui vont du travail et de l’emploi à la répartition des revenus, à la fiscalité, à la protection sociale, à la monnaie et à la finance, aux investissements d’avenir, à la reconversion écologique de l’économie et aux relations économiques avec l’extérieur.

 

La première marque d’un gouvernement résolu à enclencher une bifurcation radicale par rapport aux politiques néolibérales sera de s’attaquer à la question du travail et de l’emploi, et cela pour deux raisons. D’abord parce que la dévalorisation du travail a été la cause première de l’impasse du modèle néolibéral, et ensuite parce que les tenants de ce modèle tentent aujourd’hui de reporter la facture de cette crise sur le dos des dizaines de millions de citoyens qu’elle a fragilisés ou précarisés. Au-delà de l’économie, le changement de cap représente un enjeu politique et symbolique fort en face des campagnes médiatiques pour faire accepter l’austérité, prétendument nécessaire afin d’éponger les dettes souveraines dont la véritable origine est occultée.

La dégradation du travail a pris trois formes conjuguées dans la plupart des pays développés, et la France n’a pas fait exception. La première est un décrochage brutal entre l’évolution de la productivité du travail et celle des salaires, qui est intervenu en France entre 1982 et 1989. La conséquence directe fut la détérioration de la part salariale dans la valeur ajoutée : le rapport Cotis de l’Insee l’a chiffrée à 5 points de valeur ajoutée brute des sociétés non financières par rapport à 1973 et près du double par rapport à 19821. C’est la décennie où le chômage s’envola et où la précarité commença à s’installer. Même si les choses se stabilisèrent globalement ensuite, les niveaux atteints alors (très bas pour la part salariale et très haut pour le chômage) ne seront ensuite jamais vraiment modifiés sauf pendant la courte période de 1997 à 2001. Il s’ensuivit une aggravation des inégalités de revenu et des niveaux de vie, confirmée par toutes les études2, pendant que la concentration de la richesse se renforça, facilitée par la défiscalisation des hauts revenus et des patrimoines.

Le deuxième aspect de la dégradation du travail concerne les conditions d’emploi des salariés et la tendance générale à l’intensification du travail. L’organisation du travail et les relations sociales furent chamboulées afin de substituer la précarité à la stabilité de l’emploi, l’insécurité à la protection et l’individualisation de la relation salarié/employeur aux conventions collectives. Ainsi, les contrats à durée déterminée et précaires firent reculer les contrats à durée indéterminée, tandis que le code du travail était soit contourné, soit tout simplement amputé3.

Le troisième aspect de la dégradation du travail concerne la protection sociale dont les fondements avaient été établis au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Prenant prétexte d’une évolution démographique que ne serait pas en mesure de prendre en compte le système de retraite par répartition, plusieurs réformes, en 1993, 2003, 2007 et 2010, ont été menées en France, qui toutes ont visé à réduire le niveau des pensions collectives, en rallongeant la durée de cotisation et en reculant l’âge légal de la retraite à taux plein, avec en filigrane la volonté de faire le lit de la retraite par capitalisation promue par les fonds de pension et les compagnies d’assurances. La même orientation a prévalu dans le domaine de l’assurance maladie, en restreignant peu à peu le domaine pris en charge par la Sécurité sociale. Menées au nom des prétendus équilibres financiers, ces réformes ont toujours ignoré la très forte réduction de la part de richesse dévolue au travail par rapport au capital et la possibilité d’accompagner l’augmentation des besoins sociaux par une hausse progressive des cotisations sociales. Ainsi, la quasi-totalité des réformes adoptées ont correspondu aux attentes exprimées par le Medef en 2004 dans ses « 44 propositions pour moderniser le code du travail »4.

La descente aux enfers sur le plan social ne pouvait pas être sans conséquences sur l’économie elle-même. En rompant le parallélisme entre la richesse produite et les salaires, la surproduction de la plupart des industries devint chronique, et le crédit pour l’éponger ne pouvait se développer infiniment, ainsi que l’a montré avec le plus de force la crise des subprimes aux États-Unis. Et, dans un contexte où la financiarisation de l’économie mondiale a canalisé les gigantesques profits nés de la concentration de la richesse produite entre les mains des classes riches, la déréglementation générale a engendré une prolifération de mécanismes spéculatifs porteurs de catastrophes : titrisation, produits dérivés, marchés de gré à gré, effet de levier, etc. Pour colmater les brèches ouvertes par la crise financière et sauver un système bancaire menacé, les États, soit directement, soit par le biais des banques centrales, ont endossé les dettes privées, déclenchant ainsi une crise dite des dettes publiques, mais qui en réalité est une crise où le mistigri capitaliste a été transmis à la collectivité.

La monnaie est un bien collectif, sans lequel ni les échanges privés ni la socialisation d’une partie de la richesse ne seraient possibles. C’est dire si elle est un élément fondamental de la cohésion sociale. Or les politiques néolibérales ont visé à déposséder la société et les pouvoirs publics du contrôle de la monnaie remis entre les mains des banques centrales et des banques ordinaires ainsi que de la maîtrise de la politique monétaire. La création monétaire a donc été mise au service quasi exclusif de la restructuration permanente du capital et de la spéculation.

Aussi, un véritable changement de cap politique doit s’appuyer sur la reconstitution d’un tissu social peu à peu détruit par le capitalisme financier et sur la reconstruction d’un système économique et financier contrôlé par la collectivité. Sur une mandature de cinq ans, voici les principes sur lesquels la bifurcation vers une société solidaire et écologique peut être amorcée.

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Published by libre necessite - dans Billet d'humeur
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commentaires

cronin 10/01/2012 13:57

Recoucou Dan

Article intéressant à lire... richement argumenté. Bravo ! Cependant, je doute Dan, même si ton dernier paragraphe, est honorable en pensées, que le gouvernement, qui sera nommé, ou qui existe
déjà, merci pour la photo (rire !) agira en conséquence... qui voudra céder une part de gâteau pour construire une société comme tu l'énumères ? Mais j'aime tes pensées, visions très claires d'une
vérité ! Bisous, ma rose. Corinne (Cronin).

libre necessite 10/01/2012 20:15



Merci Corinne, pourquoi ne pas avoir des idées claires sans attendre que tout change. Bises Dan



Iddril 09/01/2012 08:28

Triste constat!

libre necessite 09/01/2012 10:07



Oui Iddril en effet, triste et implacable, j'espère que la suite te paira. Bises Dan



flipperine 07/01/2012 17:41

en ce moment diriger un pays n'est pas une mince affaire

libre necessite 07/01/2012 17:51



Oui Flipperine mais trop près de l'argent et du pouvoir. Bises Dan



les mots écrits de Jonas D. 06/01/2012 22:37

Constat d'une limpidité absolue. C'est finalement libérateur que de lire cette analyse... C'est déjà ça. Bonne fin de soirée !
Jonas

libre necessite 07/01/2012 16:41



Merci Jonas, je me suis fais la même réflexion que toi. avoir ces idéesclaires en attendant de pouvoir reprendre la main. Amitiés Dan



Esclarmonde 06/01/2012 22:12

Tout cela va être difficile à mettre en place mais on va être obligés un jour lorsque on sera au pied du mur et cela viendra plus vite qu'on le pense.... Cette question de l'emploi (avec
l'environnement) est primordiale car elle a empoisonné et dévoyé tous les rapports sociaux selon moi ! Merci c'est très intéressant tout ça, je lirai la suite demain... Bises
Esclarmonde

libre necessite 07/01/2012 16:38



Merci Esclarmaonde, il est important de faire le bilan et d'evoquer des mesures concrètes en attendant le jour où ce sera possible. Bises Dan



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